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Monday, February 08, 2010

Scandale Sonatrach: Nouveaux rebondissements dans l'affaire

L’ex-vice-président de Sonatrach, M.Hocine Malti, avait évoqué récemment la fulgurante ascension, ces dernières années, des parts de marché en Algérie de Saipem.
L’affaire communément appelée «scandale de Sonatrach» n’a pas révélé tous ses secrets. L’enquête menée par les services concernés, et qui a abouti à la mise sous contrôle judiciaire du président-directeur général de Sonatrach et de plusieurs hauts cadres de la compagnie nationale, s’annonce très complexe. La justice algérienne, instruite par les plus hautes autorités du pays, enquête désormais sur les sociétés étrangères, partenaires de Sonatrach dans plusieurs projets énergétiques. En effet, de sources judiciaires, L’Expression a appris que sur cette liste figure la compagnie italienne, Saipem Contracting Algérie. Les premiers éléments de l’enquête, poursuit notre source, ont abouti au gel des actifs bancaires de la société italienne. Une note a été adressée aux institutions financières pour procéder à l’exécution immédiate de cette décision. Cette semaine, la société italienne a été informée de la mesure, qui intervient selon une source proche du dossier, suite à «des irrégularités signalées par les enquêteurs contre la société italienne, qui ont trait à la fois aux transferts des fonds à l’étranger, mais aussi aux marchés remportés soit de gré à gré ou suite à un appel d’offres». Il s’agit vraisemblablement d’un gel temporaire en attendant la suite de l’enquête.L’Expression a tenté, durant toute la journée d’hier, de joindre des responsables de la société italienne pour plus de détails, en vain. Aucun responsable à Saipem Contracting Algérie n’a voulu s’exprimer sur ce dossier.Un choc amorti par les politiquesPour rappel, dans une lettre ouverte publiée dans la presse nationale, l’ex-vice président de Sonatrach, Hocine Malti, avait évoqué la fulgurante ascension, ces dernières années, des parts de marché en Algérie de Saipem qui, même si elle dispose depuis longtemps d’une base logistique à Hassi Messaoud, n’a créé sa filiale algérienne, en l’occurrence la Saipem Contracting Algérie, qu’en 2005. Ce qui ne l’a pas empêchée de devenir le premier partenaire dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, loin devant des entreprises ayant de forts ancrages dans le système pétrolier algérien, comme Halliburton ou Shlumberger, ou encore Anadarco. D’ailleurs, le site Internet de Saipem qualifie, désormais, l’Algérie de pays stratégique, pour ses activités «onshore» et «offshore».Interrogé sur cette lettre, M.Chakib Khelil, ministre de l’energie et des Mines, a refusé de la commenter: «Qui parmi vous connaît Hocine Malti?» s’est-il adressé mardi dernier, aux journalistes à l’APN, en marge de la clôture de la session d’automne du Parlement.Rappelons que le nom de Saipem revient dans plusieurs projets lancés par la Sonatrach.Juillet 2008, Saipem annonce qu’une coentreprise qu’il compose avec Chiyoda a remporté un contrat valorisé à 2,8 milliards d’euros en Algérie, auprès de la compagnie pétrolière Sonatrach. Ce contrat porte sur la livraison d’une unité de liquéfaction de gaz d’une capacité de 4,7 millions de tonnes de GNL par an, à construire à Arzew.Novembre 2008, les deux groupes ont signé un contrat d’un montant de 117 milliards, qui porte sur la réalisation d’installations nécessaires à l’extraction des liquides des gaz associés du champ nord de Hassi Messaoud. Le contrat porte également sur la collecte et la séparation de l’huile haute pression.Juin 2009, la société italienne a remporté un autre contrat, lui permettant de fournir à la coentreprise formée entre le canadien First Calgary Petroleum, acquis récemment par Eni, et la compagnie publique algérienne Sonatrach, deux unités de forage pour travailler sur un gisement en Algérie.Et les futurs projets de Sonatrach?Durant la même année, la compagnie italienne Saipem a été choisie pour l’édification de la jetée de Mers El Hadjadj, dont la réalisation a été rendue nécessaire par la prochaine construction du nouveau complexe d’ammoniac et d’urée d’Arzew.Le groupe pétrolier italien Saipem a signé avec son homologue algérien Sonatrach un contrat triennal de 1,849 Mds de dollars (1,3 Mds d’euros) pour la réalisation d’installations de production et de traitement de gaz et de pétrole dans le désert algérien.Mardi, la chambre d’accusation près la Cour d’Alger, ne s’est pas réunie pour examiner la demande des avocats du parquet relative à l’affaire Sonatrach. Les autorités politiques algériennes tentent «d’amortir le choc». «Tout le monde parle de scandale de Sonatrach. Et alors? Avant cela, il y avait le scandale de l’autoroute Est-Ouest», a lancé le Premier ministre Ahmed Ouyahia, dans une conférence de presse tenue mercredi passé. Quant au ministre de l’Energie et des Mines, M.Chakib Khelil, il a souligné, mardi à Alger, que l’affaire liée à la passation de marchés au sein du groupe Sonatrach doit être traitée dans la «sérénité totale».Le ministre a indiqué, d’autre part, qu’il ne s’est «jamais senti visé» dans cette affaire, soulignant, qu’en tant que ministre, il gère tout le secteur de l’Energie et des Mines et s’occupe de sa politique et de son application. «Je ne gère pas Sonatrach ou les autres entreprises relevant du secteur qui en compte plus d’une cinquantaine», a-t-il précisé. Notons que le P-DG de Sonatrach serait inculpé dans le cadre d’une enquête portant sur de présumées malversations en lien avec des passations de marchés, ainsi que trois vice-présidents, plusieurs hauts cadres de la société et des dirigeants de bureaux d’études dont les deux fils de Mohamed Meziane.Un quotidien national citant des sources judiciaires, a affirmé que le préjudice de l’affaire Sonatrach serait estimé à 9600 milliards de dinars. La même source évoque que «d’autres personnes seraient probablement sur le point d’être interpellées en vue d’être auditionnées par le magistrat instructeur». Le juge en charge de l’examen de ce dossier épineux «aurait ordonné l’élaboration d’un audit afin de décanter les vraies dépenses à caractère d’utilité publique et celles effectuées dans un cadre fallacieux». Même les projets engagés par cette entreprise et ses filiales aussi bien dans le domaine du transport aérien que terrestre devraient être passés au crible par les auditeurs, précise la même source.«L’affaire Sonatrach» suscite des inquiétudes chez les partenaires traditionnels de l’Algérie. La revue Pétrole et Gaz en fait écho dans son dernier numéro. La revue souligne que «cette affaire a pris des proportions énormes, en Algérie bien sûr, mais aussi à l’étranger compte tenu du poids de Sonatrach et du pays sur les marchés pétroliers et gaziers internationaux».Les exportations d’hydrocarbures liquides et gazeux ne sont pas affectées. Les observateurs craignent pour les nouveaux projets qui seront très probablement ralentis ou différés pour une période qui «ne peut être déterminée pour aujourd’hui».
Nabil BELBEY

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